Je suis enseignante de FLE depuis 8 ans. Pendant près de 5 années, j’ai enseigné au sein d’Alliances Françaises en Espagne et en Italie, de l’Institut Français de Madrid et d’autres structures plus confidentielles. Pour préparer et animer mes cours, j’ai eu souvent recours à des manuels de FLE dont je m’inspirais tant pour la progression pédagogique proposée que pour les contenus sélectionnés. Même si j’ai bien sûr nourri des préférences pour certaines approches, je dois bien dire que les manuels de FLE se sont révélés être des outils pertinents et efficaces.

Il y a 4 ans, j’ai choisi de rentrer en France et de venir enseigner le FLE à Paris. J’y ai travaillé quelque temps pour l’Institut Catholique, l’Alliance Française et des agences de langues impliquées dans l’enseignement du français auprès des professionnels expatriés. J’y ai souvent eu la chance d’enseigner à des étudiants particulièrement volontaires et motivés par leur apprentissage car mus par une sincère envie de comprendre et de s’intégrer dans ce contexte socio-culturel parisien.

J’ai ainsi ressenti à quel point enseigner une langue avec les yeux tournés vers la France ou le monde francophone ne relève pas des mêmes méthodes que lorsque l’étudiant est plongé au coeur même de l’action.

Nouvelle à Paris, comme la plupart d’entre eux, je pouvais d’autant mieux percevoir que ce contexte recelait de spécificités dans les sujets de conversations, les centre d'intérêts et le mode de vie affiché des Parisiens. Les façons de parler, les références culturelles qui égrainent toutes les conversations, les manières d’entrer en contact : autant de réalités qui affectent l’usage même de la langue. Il me semblait alors évident que je devais aider mes étudiants dans leur objectif d’intégration en concentrant mes efforts sur la transmission d'un français adapté à cette diversité des réalités et des situations de la vie Parisienne.

Mais comment faire ? Les manuels de FLE, fidèles compagnons - par choix ou non -, se révélèrent, dans ce contexte, d’aucun secours. En suivant leur progression et en utilisant leurs contenus durant la classe, je ne parvenais qu’à enseigner un français absolu, technique, sans âme, trop indirectement connecté à la réalité à laquelle se confrontaient tous les jours mes étudiants en dehors de la classe. Ces outils qui semblaient fonctionner à l'étranger manquaient ici de pertinence et de réalisme. Pire, je ne parvenais pas vraiment à faire gagner en confiance et en aisance mes étudiants dans leurs interactions quotidiennes.

J’ai ainsi ressenti à quel point enseigner une langue avec les yeux tournés vers la France ou le monde francophone ne relève pas des mêmes méthodes que lorsque l’étudiant est plongé au coeur même de l’action. Et il perdait ainsi de son sens que les manuels de FLE puissent rester le fil rouge de l’apprentissage.

Des livres ouverts et authentiques dans lesquels puiser mon inspiration.

En fermant le livre de FLE, j’ai regardé autour de moi. J’ai commencé à observer et écouter attentivement les Parisiens au travail, en soirée, en famille ou en vacances, tels des livres ouverts et authentiques dans lesquels puiser mon inspiration.

Toutes ces situations du quotidien sont devenues mes nouvelles références pour baliser un programme d’enseignement de la langue et de la culture françaises actualisé et centré sur le vécu de l’apprenant dans son nouvel environnement.

Certes, cette petite révolution pédagogique nécessite un travail de fond considérable pour l’élaboration des curriculums et la création des contenus. Le jeu en vaut pourtant la chandelle ! Je constate auprès de mes étudiants une appropriation plus rapide de la langue et des codes culturels français, mais aussi - et c’est sans doute lié - une sincère satisfaction de porter un regard neuf, curieux et plus affûté sur leur environnement d'adoption.